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Lundi 21 juillet 2008

 

 

Il existe de chouettes pays, pour sûr. Avec des gens enviables pour les remplir, quelques milliards pour tout vous dire. Des pays avec de grandes tours semblant sorties des évangiles, afin d'essayer un peu d'effleurer de la main la voute céleste. Et de grandes cascades d'eau glaciale où se baigner entièrement nu dans les soirées de doute. Et des sommets saupoudrés de neige bleutés, tout en haut, parce que quelqu'un les a égarés là il y a bien longtemps.

 

Certes oui, de chouettes pays. Mais plus beaucoup à découvrir. Jetez un oeil, mais pas trop fort quand même. Pas de vides plus blancs que blancs sur nos cartes poussiéreuses. Plus de Terra Incognita pour égayer l'imagination des voyageurs imbibés.

 

Alors on cherche. On invente un peu avec les outils que l'on nous a donnés. On entrecoupe la mémoire et le savoir, l'imagination vibrante et la douce folie à s'en clouer l'âme sur les murs trop haut de cette tour de Babel. On grimpe les escaliers, marche après marche, en priant pour que rien ne s'écroule.

 

 

Au détour des sombres voûtes apparaît une foule innombrable de chouettes pays.

 

 

Ce pays là, si lointain où, à l'ombre des arbres tortueux du mois de Mars, on s'autorise quelques tasses de thé toujours chaud, puis quelques autres, et encore quelques autres en compagnie de quelques animaux fantasmagoriques, chimères vaporeuses et tordues dont les ricanements incessants font paraître le temps court. Et ce jusqu'à l'infini, puisque tout le monde est fou .Puisque tout le monde ne ressent rien sinon l'étrange moiteur d'une course éternelle contre le temps à laquelle seule le déraillement de l'âme sauraît répondre efficacement.

 

Et cet autre là, où les filles ont de grands yeux de chats et miaulent jusqu'à l'aurore dans les temples abandonnés par quelque divinité lassée, partie ensorceler d'autres pathétiques mortels. Et où il ne se passe rien. Un paradis d'ivoire tremblotant duquel il n'est pas possible de s'échapper, retenu par les griffes lanscinantes de ses séduisantes autochtones. Qui s'accroche au pelage se retrouve immédiatement plongé dans une luxure étourdissante. Aphrodisiaque. Interminablement étouffante.

 

Et ce pays introuvable, où l'homme tant bien que mal tente de lutter contre le froid incessant et la neige aveuglante en s'abreuvant sans cesse de divers nectars. Des alcools inconnus qui tout en permettant la survie, font plonger quiconque y goûte dans l'oubli et l'inertie. Jusqu'à recommencer en se blotissant dans les salles froidement bleutées de longues tours de verre couronnées d'étoiles rouges.Un pays où la nuit, sans cesse recommencée, embaûme l'âme étourdie de ses habitants frigorifiés.

 

 

 

Ainsi de suite. Vous remarquerez à travers votre esprit éclairé que chacun de ces mondes pathétiquement futiles n'est qu'un incessant recommencement. Peu fertile. Encore moins productif.

 

Car l'on ne parvient jamais en haut de l'escalier. Les marches, toujours, finissent par s'écrouler. Et vous tombez sans même vous en rendre compte, en observant d'un oeil rageur la lumière se dérober tout là-haut. La chute paraît si longue. Si troublante. Mais le sol, compatissant, amortit votre chute, et en vous relevant, vous gravissez à nouveau les marches, seul. Vous savez déjà ce qu'il adviendra, de nouveau, comme d'habitude, incessemment. Malheureusement les seuls pays qu'il reste à découvrir sont à l'intérieur, et vous n'avez plus qu'à repousser les limites, en réveillant sournoisement vos péchés si mal dissimulés. Le quotidien vous ennuie terriblement, à mourir, littéralement. Alors il faut aller plus loin et toucher, ne serait-ce que chatouiller, cette satanée lumière.

 

Elle est insaisissable ? Tant pis, je retomberai. Je me relèverai, sans avoir assez souffert. Et je voyagerai au moins là, dans cette âme sinueuse et corrompue par les fautes originelles. Je ne suis qu'un homme après tout.

 

 

Escalade de nouveau. Tandis que les murs s'estompent, les marches s'illuminent, et un tourbillon de silhouettes féminines désincarnées tentent de noyer le perfide voyageur de cet éternel recommencement.

 

 

Je remonterai quoi qu'il arrive.

 

par Simon publié dans : Écriture
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Samedi 22 mars 2008




Le boulevard du temps qui passe
À peine sortis du berceau,
Nous sommes allés faire un saut
Au boulevard du temps qui passe,
En scandant notre "Ça ira"
Contre les vieux, les mous, les gras,
Confinés dans leurs idées basses.
 
On nous a vus, c'était hier,
Qui descendions, jeunes et fiers,
Dans une folle sarabande,
En allumant des feux de joie,
En alarmant les gros bourgeois,
En piétinant leurs plates-bandes.
 
Jurant de tout remettre à neuf,
De refaire quatre-vingt-neuf,
De reprendre un peu la Bastille,
Nous avons embrassé, goulus,
Leurs femmes qu'ils ne touchaient plus,
Nous avons fécondé leurs filles.
 
Dans la mare de leurs canards
Nous avons lancé, goguenards,
Force pavés, quelle tempête !
Nous n'avons rien laissé debout,
Flanquant leurs credos, leurs tabous
Et leurs dieux, cul par-dessus tête.
 
Quand sonna le " cessez-le-feu "
L'un de nous perdait ses cheveux
Et l'autre avait les tempes grises.
Nous avons constaté soudain
Que l'été de la Saint-Martin
N'est pas loin du temps des cerises.
 
Alors, ralentissant le pas,
On fit la route à la papa,
Car, braillant contre les ancêtres,
La troupe fraîche des cadets
Au carrefour nous attendait
Pour nous envoyer à Bicêtre.
 
Tous ces gâteux, ces avachis,
Ces pauvres sépulcres blanchis
Chancelant dans leur carapace,
On les a vus, c'était hier,
Qui descendaient jeunes et fiers,
Le boulevard du temps qui passe.

               - Georges Brassens



par Simon publié dans : Beaux textes
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Mercredi 12 mars 2008

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Vue sur le massif de Belledonne, à partir du campus de Grenoble
par Simon
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